Wellnews Water Wars – Ethiopie, Soudan et Egypte : le barrage de la renaissance ðŸš§ðŸ’§


Good morning ♀️, j’espère que tout roule. Je suis de retour d’un voyage en Egypte 🇪🇬 (trop génial d’ailleurs, je vous la conseille comme desti 😄).. J’ai donc voulu écrire sur un sujet clé de son Histoire et de sa politique actuelle : le Nil 🌉. Le plus long fleuve du monde (au coude à coude avec l’Amazone) est également crucial pour le Soudan 🇸🇩 et l’Ethiopie 🇪🇹, qui a décidé en 2011 d’y construire un barrage à la frontière : The Ethiopian Grand Renaissance Dam (GERD). Dans un premier temps, on va voir de plus près les implications économiques, politiques et même idéologiques pour les trois pays. On abordera brièvement enfin l’une des conséquences du changement climatique : l’intensification des guerres liées à l’eau. 

LE NIL

Long de 6700km, ce fleuve mythique 🦄 est dans l’imaginaire collectif associé à l’Egypte. Les confluents du Nil démarrent toutefois en Tanzanie 🇹🇿, avec le Nil Blanc ⚪, et surtout – pour +80%! – en Ethiopie avec le Nil Bleu 🔵. Le Nil fait donc profiter 10 pays au total (si on inclut les lacs formés par ses eaux), c’est énorme! 😱 Toutefois, les pays qui sont susceptibles d’être affectés par ce barrage sont au nombre de 3 : l’Ethiopie évidemment, le Soudan et bien sûr, l’Egypte. Ce sont eux qui sont au ❤️ de notre sujet. 


Il y a des millénaires déjà, l’historien grec Hérodote disait déjà que « l’Egypte était un don du Nil » 📜. Le fleuve est un BIG deal pour l’Egypte ; un symbole puissant qui a gardé son statut au fil des millénaires. En 1929, l’Egypte dispose alors d’une administration semi-autonome (c’est d’ailleurs un des trois pays d’Afrique à n’avoir jamais été colonisé « complètement »). L’influence anglaise 🇬🇧 est toutefois bien présente, et, espérant la garder, déclare un peu out of nowhere que son administration reconnaît « les droits naturels et historiques de l’Egypte sur les eaux du Nil », et que chaque développement fait en amont devrait observer ces droits. Comme on l’a vu, le Nil traverse 10 pays – il n’y a pas vraiment de justification à ce que l’Egypte en ait les 🔑 exclusivement – à part peut-être une justification historique. En bref, l’Angleterre justifie cette domination de l’Egypte sur le Nil comme elle justifie alors toutes ses dominations : avec du vent 🤦🏼‍♀️. En 1959 ensuite, un accord entre l’Egypte et le Soudan divise les ressources (75% – 25%) du Nil entre les deux pays (RAF des 8 autres pays). Toujours est-il que l’Egypte prend la déclaration anglaise avec sérieux, et s’indigne donc tout naturellement de la construction de ce barrage. 😤 Au-delà de l’aspect idéologique et historique, le pays élève de sérieuses inquiétudes à propos de l’impact du GERD sur son territoire. 🌱


LE RÉVEIL DE L’ETHIOPIE
En 2011, à la surprise générale et profitant du Printemps arabe 📢 en Egypte, l’Ethiopie annonce la construction d’un barrage à la frontière en accord avec le Kenya, l’Ouganda, le Burundi, le Rwanda et la Tanzanie – les autres nations écartées du Nil pendant des décennies 💦. Il y a quelques jours, l’Egypte annonçait que les négociations avec l’Ethiopie et le Soudan à propos du remplissage et la gestion du barrage étaient quasi au point mort. ❌


Petite remise en contexte : le GERD est financé par la Chine 🇨🇳, le premier partenaire commercial du pays (10% des exportations – on y reviendra) et accordé du jour au lendemain à une entreprise italienne 🇮🇹 de construction pour la modique somme de $4.8 milliards (CrisisGroup). Pas d’appel à projet, quedal. Shady. 🤔🧐 Le GERD sera le plus grand barrage hydro-électrique d’Afrique, permettant une source renouvelable d’électricité en Ethiopie et dans une moindre mesure (selon les accords), pour le Soudan. Il permettrait au coût de l’électricité du pays de diminuer drastiquement et d’augmenter ses échanges commerciaux car il revendrait une partie de cet électricité. Globalement, cela permettrait au pays de s’enrichir (car pauvre pour l’instant) au moyen d’une source d’énergie verte : que du kiff so far 🎉. Par ailleurs, cela permettrait au pays de gérer son flux d’eau en cas de sécheresses, 🏜️ qui se font de plus en plus importantes dans la Corne de l’Afrique où se situe l’Ethiopie. Le pays est d’ailleurs impacté par des vagues de sécheresse terribles depuis 2015 : 🌾13 millions de personnes font actuellement face à des risques d’insécurité alimentaire très accrus (FAO WFP). Enfin, c’est un moyen pour le pays dont les ambitions de développement son gigantesques de prévoir les besoins d’électricité de sa population dont l’accroissement est l’une des plus rapides au monde : 120 millions actuellement, pour 205 millions prévus d’ici 2050 (UNDP). 👫🏿


Par ces résultats, le pays veut s’affirmer régionalement comme le leader de la Corne de l’Afrique qui est pour l’instant réservé au Kenya 🇰🇪, ainsi que de l’Afrique, avec la contrôle du fleuve clé qu’est le Nil. De par ses accords avec la Chine et grâce à l’électricité générée, le pays veut se connecter avec Djibouti 🇩🇯 via des chemins de fer afin d’avoir un accès privilégié à la zone commerciale entre la Mer Rouge et l’Océan Indien.🚢 De plus, il s’agirait pour l’Ethiopie de reprendre ses droits sur le Nil, qui lui ont longtemps été refusés. Il s’agit donc d’un combat politique, économique et idéologique. 👊🏾


LES IMPLICATIONS DU BARRAGE

L’Ethiopie voit en ce barrage une puissance indéniable : le déplacement du centre géopolitique du Nil depuis le Caire vers Addis Abeba, d’où le nom de renaissance (la revanche sur l’Egypte et l’Angleterre, en gros) 👶🏾.

Le ❤️ de la discorde provient de l’inquiétude de l’Egypte de dépendre de l’Ethiopie pour son approvisionnement en eau du Nil. Plus le remplissage du 🚧 est rapide (pour l’instant devrait durer de 5 à 15 ans), plus le débit et la profondeur du Nil diminuerait de manière significative, et avec rapidité. 🇪🇬 L’Egypte est le pays avec l’un des plus grands taux de densité de population, avec ses 100 millions de personnes majoritairement agglutinées autour du Nil (parce que le reste, c’est du désert) et en dépendant largement pour vivre (+30% ont des jobs agricoles 🚜 – USAID). Le pays souffre déjà depuis le début du millénaire d’un déficit en 💧 (127% de ses capacités) qui ne va pas s’améliorer avec l’augmentation de la population. Le pays, par ailleurs, n’utilise presque pas ses eaux de pluie 🌧️ qui d’ailleurs diminuent progressivement à cause du changement climatique ainsi que de la salinisation du Nil (dûe à la montée des océans) qui rend les cultures impraticables (FAO). Aux inquiétudes de l’Egypte, certains experts estiment que le pays dispose d’une marge de manoeuvre afin de gérer son eau (et donc l’irrigation) de manière plus efficiente et donc de réduire les impacts potentiels du barrage sur l’agriculture et l’industrie 🏭. Tout est encore à faire. Outre son atout militaire, l’Egypte ne dispose pas de beaucoup d’options pour modifier sa dépendance vis-à-vis de l’Ethiopie et doit déjà s’occuper de gérer des problèmes d’eau hors-barrage. 

En gros, l’Ethiopie voudrait pouvoir gérer les eaux du barrage selon son bon vouloir (pour les sécheresses, par ex, comme mentionné plus haut) tandis que l’Egypte veut être assuré qu’un flux continu n’affectera pas l’irrigation de ses cultures. 🇸🇩 Ces requêtes sont aussi posées par le Soudan. Toutefois, 1) le pays dépend moins du Nil économiquement, même si sa capitale, Khartoum, en dépend ; 2) Le Soudan regarde ailleurs car il est en pleine transition de pouvoir après le renversement du dictateur al-Bashir en 2019 et d’un coup d’état militaire il y a quelques jours. Le Soudan a longtemps eu un rôle d’intermédiaire avant de se tourner vers Addis Abeba, mais depuis peu s’aligne à nouveau avec l’Egypte sur les demandes. L’Ethiopie est engluée dans une guerre sanglante avec les forces indépendantes de sa région du Tigray et s’allie avec l’Érythrée dans ce combat, faisant preuves de crimes de guerre (HRW). Les relations entre le Soudan et l’Ethiopie se sont également tendues suite à un manque de communication suivant un accord d’utilisation des terres à leur frontière commune d’al-Fashaga, région disputée. Bref, l’Ethiopie s’isole et le Soudan s’éloigne de la Corne de l’Afrique. 


Après avoir tenté de négocier à trois seulement, des médiateurs internationaux sont intervenus : négociations aux U.S. d’abord, puis au Conseil de Sécurité de l’ONU (qui demande un accord légal sur le remplissage et la gestion du barrage) et désormais l’Union africaine. Rien n’y fait, les pays ont du mal à s’accorder. Vous l’aurez compris, l’eau est un outil de guerre : la fermeture du barrage pourrait priver des centaines de millions de personnes de leur source de revenu, ainsi que d’eau potable tandis que sa destruction ou un débit trop rapide pourraient inonder des pays entiers en tuant les récoltes sur plusieurs générations. Financée par les U.S. 🇺🇸, l’Egypte dispose de la plus grande force armée du continent africain, tandis que l’Ethiopie n’est pas loin derrière, et s’arme à vitesse grand V. Toutefois, des chances de conflit directes sont peu probables. L’Egypte cherche toujours à se stabiliser politiquement depuis le Printemps arabe, et à jeter les Islamistes hors du Sinai. L’Ethiopie, elle, est en guerre contre les forces indépendantes du Tigray au nord du pays depuis un an exactement. 

UN FUTUR DEJA ACTUEL: WATER WARS

💧Les guerres de l’eau s’intensifient peu à peu tant l’eau devient une denrée rare avec le changement climatique. Le cas du Grand Renaissance Dam n’est pas isolé et les exemples se multiplient. Récemment, la (presque totale) fermeture des robinets de l’Euphrate par la Turquie mettaient les habitants du Kurdistan, son ennemi juré, dans une situation économique et humanitaire désastreuse (VOA). Les exemples ne manquent pas, et je les développerai dans les prochaines semaines car cet article est déjà très long.. Si cela vous intéresse, jetez un coup d’oeil à : l’Indus entre le Pakistan et l’Inde, le conflit entre la Syrie, l’Irak et la Turquie pour l’Euphrate et le Tigre ou encore le contrôle de la Chine sur la rivière Mekong (Cambodge, Vietnam, Laos, Thailande et Myanmar) ainsi que sur le Tibet à travers la construction de plusieurs dams. 


🔚 Voilà les filles, c’était de nouveau un gros morceau ! J’espère que ça vous a intéressé. ❔N’hésitez pas si vous avez des commentaires, suggestions pour de futurs écrits ou des questions. Vous pouvez me contacter à: elis_dp@hotmail.com ou sur Twitter : @elisdp.


Bisous, prenez soin de vous ! 😘
Eli

Elisabeth du Parc

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